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Cette semaine je suis allée voir une projection du documentaire de Samara Grace Chadwick qui s'intitule 1999 – Wish you were here. C'est un film triste et étrange, il retrace des souvenirs d'adolescence de lycéen·es qui ont vécu le suicide de plusieurs de leur camarades de classe au cours d'une année scolaire à Moncton, en Acadie. Il est visible en salles depuis mercredi au Cinéma CDD à Genève et au Zinéma à Lausanne.
Il souffre de deux défauts qui sont peut-être des défauts de premier film ; tout d'abord il aurait fallu le resserrer un peu. Le début est lent et gracieux, on comprend peu à peu ce dont il s'agit, mais à la moitié du film on se perd, on a du mal à comprendre qui est qui, et j'aurais eu besoin d'un dézoom – au sens propre et au sens figuré – pour comprendre le contexte. C'est sans doute lié au deuxième écueil du film : la place de la réalisatrice, qu'on voit apparaître régulièrement, est assez floue. On comprend qu'elle a quitté l'Acadie après le lycée et qu'elle ne revient que maintenant pour les besoins de son film, on comprend qu'elle a été touchée intimement par ce qui s'est produit à cette époque, mais ce n'est jamais exploré et cela laisse une impression d'entre-deux, de choix mal assumé, comme si elle avait eu peur de trop se dévoiler.
La force du film réside dans le fait que tous ses amis d'adolescence lui offrent leurs regards, leurs paroles, très articulées et riches en émotions, et qu'une amie de leur groupe avait filmé des dizaines d'heures de leur vie quotidienne au camescope à l'époque. Quelle chance. Et puis la langue employée est assez fascinante, un mélange enchevêtré de français et d'anglais, propre à cette région, le chiac. On met un peu de temps à s'y habituer – heureusement il y a les sous-titres – mais c'est très beau.
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J'ai beaucoup de mal à dormir en ce moment, alors je lis plein d'articles sur l'écran de mon portable pendant l'ennui de la nuit. J'aime particulièrement explorer le blog d'Austin Kleon qui insère toujours des liens vers d'anciens posts ou bien vers les blogs d'autres auteurs, ce qui permet de naviguer tranquillement, un peu au hasard et c'est très plaisant. La nuit dernière je me suis perdue sur le blog de Ryan Holiday – dont le ton est un peu trop axé sur le leadership, la productivité et la volonté de fer à mon goût – et notamment sur cet article qui présente son système d'indexation d'idées et de références, à l'aide de fiches bristol rangées dans des petites boîtes.
Ça m'a happée parce que ça ressemble beaucoup à des choses que je fais déjà, mais sans méthode, donc pas très efficacement. Je trouve extrêmement difficile d'organiser les choses de façon linéaire, tandis que ce genre de méthodes – un peu comme les mindmaps que j'utilise régulièrement – fonctionnent à la manière d'un hypertexte. Et c'est comme cela que la pensée opère, non ? En tout cas c'est comme ça que ma pensée s'organise, et c'est une thématique qui m'obsède depuis un certain temps : la topographie de la pensée.
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En faisant des cartons j'ai retrouvé le dictionnaire bilingue français<>anglais que ma mère m'avait donné et qui lui avait servi à apprendre l'anglais elle-même. J'ai retrouvé un de mes grands plaisirs d'enfant : lire le dictionnaire. Pas de A à Z évidemment, mais d’ouvrir au hasard et découvrir de nouveaux mots pour décrire le monde, comme ce merveilleux "scallywag" : avorton, raté, bon à rien. À noter que le dictionnaire date des années 60, ceci expliquant peut-être cela.
Comme à chaque fois, un déménagement est un prétexte à l'exploration, parfois douloureuse, du contenu des tiroirs oubliés : relire les vieilles cartes postales, retrouver des cahiers illisibles et des journaux intimes partagés entre amies, remplis de confessions honteuses. Je me suis fait la réflexion d'ailleurs, en regardant les protagonistes de 1999 – Wish you were here relire à mi-voix leurs émois d'alors, que ces carnets qu'on s'échangeait était des éléments essentiels de notre vie intime, amicale, partagée. Je suis contente de les avoir gardés et je me demande si les ados d'aujourd'hui font la même chose ?
Enfin, j'en suis venue à la conclusion suivante : la vie matérielle se classe en 5 catégories ; meubles et électroménager, vaisselle et ustensiles, vêtements et linge de maison, livres et papiers. C'est à peu près tout, mais c'est déjà beaucoup. Certes, il y a aussi ces boîtes remplies de flacons qui pèguent, des petites bouteilles de vernis déphasé, des boucles d’oreilles solitaires et ternies, des fards à paupières poussiéreux, mais ça, il vaut mieux ne pas y penser.
