Kessel

cailloux n°56

brume to you too

cailloux*
2 min ⋅ 28/01/2020

Si vous avez un petit coup de mou, je vous conseille la vidéo de crowdfunding la plus joyeusement farfelue que j'aie vue, visant à soutenir le projet d'Amos Paul Kennedy Jr. de reconstruire et aménager un ancien garage à Detroit pour en faire une école de typographie communautaire.

"At the end of your first day, you will be a "printer". You will have learned simply how to put ink on paper. And you, and you alone, will print your own damn diploma."

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J'ai débuté hier la lecture de How to Do Nothing: Resisting the Attention Economy de Jenny Odell. Pour le moment, il s'agit moins de ne rien faire du tout plutôt que de prendre le temps de porter attention à ce qui nous entoure et voir ce que cela transforme en nous, comment cela nous pousse à agir différemment.

"During the summer that I spent nearly every day writing this book, some friends joked about how I was working so hard on something called How to Do Nothing. But the real irony is that in writing something by this title, I inadvertently radicalized myself by learning the importance of doing something. In my capacity as an artist, I have always thought about attention, but it's only now that I fully understand where a life of sustained attention leads. In short, it leads to awareness, not only of how lucky I am to be alive, but to ongoing patterns of cultural and ecological devastation around me – and the inescapable part that I play in it, should I choose to recognize it or not. In other words, simple awareness is the seed of responsibility."

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J'écoutais Yoann Bourgeois parler de son travail et spécifiquement du spectacle Celui qui tombe dans Par les temps qui courent. Il utilise l'image des capteurs de brouillard pour parler du travail de création et je ne pourrais trouver une métaphore plus juste. Il s'agit de filet déployés dans des régions où l'accès à l'eau potable est difficile et où le brouillard est fréquent. Les micro-gouttes d'eau en suspension se condensent sur le filet et peuvent ainsi être collectées.

Créer ce n’est donc pas produire quelque chose hors du vide grâce à un don démiurgique, mais au contraire de se rendre disponible pour capter une substance essentielle, une brume qui flotte dans l'air du temps. Le travail de l'artiste consiste à la récolter et trouver un medium pour la partager. Mais avant tout, c’est un acte qu'il est possible d'effectuer hors du marché de l'art, hors d’un métier : créer pour soi, pour étancher sa propre soif.

Car ce qui me plaît le plus dans cette histoire, c'est que ces capteurs sont inspirés du vivant, plus précisément de coléoptères de la famille des Ténébrionides vivant dans le désert du Namibe : Stenocara gracilipes, Onymacris unguicularis, Physosterna cribripes. Grâce à leurs longues pattes, ils orientent leur corps dans le sens du vent pour récolter des gouttelettes sur leurs élytres. Leurs élytres ont la particularité d’être recouverts de minuscules bosses et sillons ; ce sont ces bosses qui permettent à l’eau de se condenser et ces sillons qui la guident jusqu'à leur bouche.

Soyons des ténébrions.

cailloux*