Au Centre d’Art Contemporain de Genève, jusqu’au 23 août, vous pouvez visiter l’exposition Scrivere Disegnando, créée en collaboration avec la Collection de l’Art Brut de Lausanne. Il y a tant de belles choses à y voir.
J’ai aimé les textes écrits d’un trait continu de stylo noir et orné d’yeux et cheveux découpés dans des magazines, de Chiara Fumai.
De Pascal Vonlanthen, le mélange de minuscules et majuscules, adossé à des formes envahissantes qui rappellent la texture des muscles dans les illustrations des écorchés.
Des histoires racontées en traces inintelligibles : le journal intime de Takanori Herai, 500 pages à la mine de plomb, reliées par un lacet.
Les traînées d’encre de chine de Mirtha Dermisache comme des partitions de musique atonale.
Les réseaux de pensées organisées du bout d’un crayon à papier pointu, de Nathalie Perrin.
Les formules cryptiques et microscopiques de Nicholas Blinko, qui, vues de loin, ressemblent à un maillage très fin.
Très rapidement les œuvres m’ont évoqué du tissu. Tricot, tissage, broderie et même raccomodage, comme chez Svetlana Rabey. Ici et là, de l’encre bleue en couche épaisse et sèche vient non pas tacher mais plutôt réparer la trame de ses gribouillis serrés.
Au dernier étage d’ailleurs se trouvent plusieurs œuvres de Maria Lai, dont un livre cousu minuscule, en tissu écru, brodé de fil ton sur ton, lequel déborde hors des pages, s’emmêle, s’enroule sur lui-même.
Ça m’a donné envie de vous parler d’écriture et de tissu, mais pour ce dernier, cela fera l’objet d’une prochaine lettre, ce sera un diptyque, voilà.
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Le titre de l’exposition, “écrire en dessinant”, m’a rappelé une page de Making Comics de Lynda Barry.
“In the beginning there wasn’t drawing or writing as far as our four-year-old hand was concerned, but at some point soon after, drawing splits off, and for most people it moves first to the margins then vanishes from the page entirely.”
Et pourtant, enfant, j’étais fascinée par ce pouvoir magique que possédaient les adultes. Le dessin me semblait bien pauvre face à ces boucles qui se transformaient en paroles. Je me souviens encore de la joie que j’ai ressenti lorsque j’ai enfin pu apprendre à lire et à écrire à l’école. Très rapidement, j’ai écrit ma première œuvre littéraire, sur un carnet Arc-en-ciel le plus beau poisson des océans. Mais j’étais gauchère et plus intéressée par les expérimentations que par la netteté. Disegnare scrivendo, disons. Mon style (unique et baveux) ne plaisait pas à certain·e·s des mes enseignant·e·s. Ainsi, mon idylle avec l’écriture à la main n’a pas duré longtemps, épuisée à coups de 0 de présentation.
J’ai beau envier celles et ceux qui n’ont jamais lâché leurs crayons, lorgner du coin de l’œil des carnets que je ne remplirai jamais, c’est l’acquisition de mon premier ordinateur portable, après le bac, qui m’a permis d’entrer dans l’écriture. Pouvoir supprimer ou déplacer un paragraphe sans rien avoir à raturer, quelle liberté. (Ça m’a fait le même effet que lorsque j’ai utilisé des ciseaux pour gauchers pour la première fois : de la joie.)
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“My former writing teacher, the essayist and cartoonist Timothy Kreider, explained revision to me: “One of my favorite phrases is l’esprit d’escalier, ‘the spirit of the staircase’ — meaning that experience of realizing, too late, what the perfect thing to have said at the party, in a conversation or argument or flirtation would have been. Writing offers us one of the rare chances in life at a do-over: to get it right and say what we meant this time.”
Harry Guiness on How to Edit Your Own Writing. Sûrement l’étape la plus cruciale dans l’écriture. Cela s’apparente au travail de montage en vidéo, une façon d’écrire que j’affectionne également. (Schnitt !)
Relire, réviser, je ne le fais pas assez dans le cadre de cette newsletter. C’est que j’aime que ce soit spontané, avoir l’inspiration, écrire et hop envoyer. Si ça me prenait trop de temps je ne le ferais sans doute pas (mais cela me manquerait).
Demain, les cailloux* auront 2 ans ! Si ton a sans doute changé, les préoccupations (obsessions) restent les mêmes et j’ai toujours autant de plaisir à les partager avec vous. J’espère que vous pardonnerez mes coquilles, mes anacoluthes et mon amour des propositions incises, pour une année de plus.
