On entre dans le vif du sujet avec cette interview de Saul Pandelakis sur le transhumanisme, la technologie, le design. Je vous conseille de la lire entièrement mais voici déjà quelques extraits :
Avant de penser à l’avancée technologique, il faut définir le problème. À quelle question répond le steak imprimable ? Je ne sais pas – et ça veut peut-être dire que la question est mal posée. Plus globalement, que ce soit le traitement pour le cancer, la viande de synthèse ou l’ampoule écologique, le problème central est l’accès. Si la proposition ne prend pas acte du fait que des gens gagnent en une vie les sommes que certains gagnent en un jour, alors on produit une image d’épinal.
Si on considère les problèmes d’un seul point de vue, en se disant que « la technologie » va résoudre le problème, on dresse un décor pour un futur désastre. Par exemple, on va guérir des maladies, très bien. Mais si sociétalement, on ne fait pas la bascule vers le champ social, on va se retrouver avec des tas de personnes dont on allonge la vie, mais dont on ne sait pas prendre soin.
Pour moi la plupart des projets transhumanistes sont à côté de la plaque. Ça me fait la même impression que de regarder des rendus d’architecture en 3D, tu sais les images de catalogues d’immobilier où tu as des peupliers en rang espacé de dix mètres, dans un monde où il fait toujours soleil et où tu ne vois que des blancs déambuler avec des poussettes ? Le transhumanisme me fait le même effet.
(cf. les images printanières du futur quartier de la Part-Dieu à Lyon, où manquent cruellement les groupes d'adolescents qui investissent en réalité les espaces interstitiels du centre commercial.)
Pourquoi nous voulons faire penser les machines, d’où vient cette poussée. Pourquoi concevoir de nouveaux partenaires sociaux, alors que nos relations sociales entre êtres vivants sont déjà tellement dysfonctionnelles ? J’ai le même type de réflexion qui me vient quand on parle de prendre contact avec des extraterrestres. À chaque fois, je me dis, on est déjà pas capable de ne pas coloniser / exploiter / aliéner celleux qui nous ressemblent et partagent le même air, alors qu’est-ce qu’on rêve donc de faire avec des populations alien ?
En lien avec ce dernier point, cet article sur les questions que posent l'intelligence artificielle à la théologie. J'y ai ainsi découvert cet automate d'un moine en prière, réalisé au 16e siècle, parfaitement inquiétant et tout à fait merveilleux. J'ai cependant du mal à me passionner pour la potentielle sentience d'une intelligence artificielle dans 15, 30, 50 ans, quand aujourd'hui nos sociétés n'ont que faire du devenir de tant d'animaux humains et non-humains, et de leurs relations avec le vivant.
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À ce propos : cette question d'Alexandra Deschamps-Sonsino, fondatrice du Low Carbon Design Institute "Is climate change mitigation a life skill?"
Creative people are not as literate as they could be (or may want to be) about the political and economic levers that affect the global climate in their own countries.
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Après 9 années à travailler avec le collectif INVIVO, je suis en train de le quitter, et c’est triste et beau. C'est au sein de ce collectif que j'ai commencé à travailler, comme interprète, comme artiste et comme autrice. Dans l'espace de ces 9 années, des termes comme hybride ou immersif, que nous utilisions pour qualifier nos explorations, sont passés de douteux – vous faites du théâtre ou de l'art numérique ? pourquoi appelez-vous votre travail immersif puisque les spectateurs sont passifs ?" – à tendances (et bientôt dépassés).
Nous avons commencé avec des tulles et vidéoprojecteurs prêtés par des compagnies installées pour avancer vers la VR, à mesure que nos moyens grandissaient, certes, mais surtout en suivant notre désir. La technologie n'a jamais été pensée comme une fin pour nos projets mais comme un objet de curiosité, de réflexion, comme sujet et outil de nos créations. J'ai vécu comme une imposteure les rendez-vous professionnels et les tables-rondes qui attendaient de moi que je parle de la XR (ou Extended Reality) en tant qu'experte, mais une chose est sûre : je suis experte du travail artistique du collectif INVIVO, de 2011 à 2020.
Pour ce qui vient, je fais confiance à mes collègues pour continuer d'expérimenter, bidouiller, s'arracher les cheveux sur les bugs techniques, avoir les yeux plus gros que le ventre, penser chaque détail, et plus encore. Tout au long de son existence, le collectif n'a cessé de se transformer, de se questionner lui-même, d'intégrer de nouvelles personnes, de dire au revoir à d'autres, de travailler la question de nos places respectives et de notre voix en tant que collectif d'artistes. Je suis si reconnaissante d'avoir pu le faire en leur compagnie, ça a été une expérience rare, sans doute unique.
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Depuis que j'ai repris des études, d'abord du côté de l'art-thérapie puis de la psychologie clinique, je n'ai jamais cessé ce travail artistique, que ce soit en collaborant avec le collectif, avec Juliette Mancini ou comme maïeuticienne avec Quentin Lannes. Spectacle, vidéo, BD, peu importe le medium, ce qui m'intéresse c'est ce qu'on y raconte. Et même quand je ne viens pas y ajouter mon grain de sel, je n'aime rien tant que d'assister au processus créatif des artistes que j'admire.
Dans deux semaines, le nouveau livre de Juliette va sortir en librairie. Comme sa première BD De la chevalerie – si vous ne l'avez pas encore lue, quelle chance ! il vous reste à la découvrir – éveils est publiée par l'excellente maison d'édition genevoise Atrabile. C'est beau, beau, ça parle d'une éclosion qui ne cesse d'advenir ; la vie quoi.
