Kessel

cailloux* n°5

des histoires à tiroirs, une météorite, une langue mêlée

cailloux*
1 min ⋅ 06/09/2018

Hier nous avons vu la troisième Conférence de choses de François Grémaud et Pierre Mifsud. Il y en a 9 et l'on peut même voir l'intégrale au théâtre Pitoëff dimanche 16 septembre, mais honnêtement je ne sais pas si 8 heures de Conférence de choses c'est vraiment digeste.

Enfin, 53 minutes et 33 secondes, selon le minuteur enclenché au début de la conférence, c'est tout à fait réjouissant. On y a entendu parler de toutes sortes de choses, racontées en lien – plus ou moins lâche – les unes avec les autres, comme des perles que l'on enfile, le fil passant parfois dans le même trou à plusieurs reprises pour faire de jolies boucles. Il y a eu donc, la double articulation du langage, un chat roux en Crète, des mots-valises et des adulescents, une reine échevelée, le Pélerinage à l'île de Cythère d'Antoine Watteau… J'adore les histoires à tiroirs, la joie de l'association d'idées et de la pensée qui se déroule ou qui s'enroule. Et je crois que je ne suis pas la seule, car, quand la sonnerie du minuteur a retenti, le public a laissé échapper un "ohhh…" de déception, comme celui du petit enfant à qui on dit que vraiment c'est la dernière histoire avant de faire dodo.

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J'ai été frappée par cette image terrible prise par le procureur Sergio Suiama au Musée National à Rio, détruit par un incendie. Elle est est brutale et belle. La météorite Bendegó a résisté à une entrée en trombe dans l'atmosphère terrestre et un atterrissage qu'on imagine brûlant, et, cette semaine, elle a de nouveau résisté aux flammes et se dresse là, sur son socle en marbre, dans l'entrée de ce musée dévasté. Inamovi Un caillou extraterrestre survivant aux productions culturelles des humains, finalement, rien d'anormal.

Le témoignage qui m'a le plus émue c'est celui-ci, qui déplore la perte des collections et archives linguistiques :

Translating the news from Cinda Gonda, a Brazilian colleague, just breaks my heart even more:
"Folks, there's nothing left from the Linguistics division. We lost all the indigenous languages collection: the recordings since 1958, the chants in all the languages for which there are no native speakers alive anymore, the Curt Niemuendaju archives: papers, photos, negatives, the original ethnic-historic-linguistic map localizing all the ethnic groups in Brazil, the only record that we had from 1945. The ethnological and archeological references of all ethnic groups in Brazil since the 16th century... An irreparable loss of our historic memory. It just hurts so much to see all in ashes."


Les langues de peuples déjà disparus, qui disparaissent une deuxième fois.

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Sur la langue, encore très vivante, de Beckett :

“A man speaking English beautifully chooses to speak in French, which he speaks with greater difficulty, so that he is obliged to choose his words carefully, forced to give up fluency and to find the hard words that come with difficulty, and then after all that finding he puts it all back into English, a new English containing all the difficulty of the French, of the coining of thought in a second language […].”


Salman Rushdie dans son introduction du deuxième volume des œuvres de Beckett par The Grove Centenary Edition.

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