Kessel

cailloux n°60

"la brise est agréable"

cailloux*
1 min ⋅ 19/03/2020

Je ne suis pas sûre qu’il faille ajouter du bruit à vos boîtes mail déjà surchargées. (J’ai envie/besoin de dire beaucoup de choses mais je crois que ça peut attendre encore un peu ici.)

Mais je vous propose, si le cœur vous en dit, d’écouter des mots, des mots qui ne parlent pas de l’actualité mais qui peuvent sans doute résonner avec elle.

Ça s’appelle La Bibliothèque des confins, il y a déjà 10 courts extraits sur soundcloud et 5 sur youtube.

Vous pouvez par exemple écouter Amélie lire Yannick Torlini ou bien m’entendre lire un très court extrait de Vers la nuit de John Hull, traduit par Donatella Saulnier et Paule Vincent et paru aux Éditions du sous-sol.

Il s’agit d’ailleurs d’un journal qui a été enregistré par Hull, à partir du moment où il a été légalement reconnu comme aveugle, avant d’être retranscrit et publié.

C’est très beau et ça m’a fait du bien d’en lire quelques lignes à voix haute. J’espère que ça vous fera du bien de l’écouter. Peut-être que j’en enregistrerai d’autres extraits plus tard.

Et puis, si vous ne pouvez pas écouter le son, je retranscris l’extrait ci-dessous :

5 juin 1983
Quelquefois, quand je salue les gens d'un : “Belle journée, n'est-ce pas ?” ils restent muets ou paraissent surpris. L'idée de belle journée est essentiellement visuelle. C'est un ciel bleu, dégagé, un soleil éclatant, ou bien une journée claire en plein hiver. Un voyant ne parlera jamais de belle journée si le ciel est couvert.
Pour moi, le vent a remplacé le soleil et une journée est belle quand souffle une brise légère. Tous les sons de mon environnement se réveillent. Les feuilles bruissent, des bouts de papier courent sur le trottoir, les murs et les angles des bâtiments surgissent sous l'effet du vent que je sens dans mes cheveux, sur mon visage, dans mes vêtements. Une journée simplement chaude est sûrement belle, mais l'orage la rendra plus intéressante encore parce qu'il me donnera la sensation de l'espace et de la distance. L'orage me couvre d'un toit, d'une haute voûte de grondements. Je me rends compte que je suis dans un endroit vaste, et non plus dans le vide. Un voyant a toujours un toit au-dessus de lui, ce sont le ciel bleu, les étoiles, la nuit. Pour un aveugle, ce sera le vent dans les arbres. Le vent crée l'arbre ; là où il n'y avait rien, on se retrouve environné d'arbres.
Il y a donc un malentendu entre moi et les voyants quand le temps est doux, ou chaud, que la brise est légère mais le ciel couvert. Je m'efforcerai désormais d'être plus précis dans mes commentaires sur le temps. Je dois me rappeler de dire : il fait beau et doux aujourd'hui, ou bien : la brise est agréable.

cailloux*