Kessel

cailloux n°100

la machine à gazouiller

cailloux*
2 min ⋅ 15/06/2022

Quand j’ai commencé à écrire cette newsletter, il y a 99 lettres de cela, je l’ai fait car je voulais trouver un autre rythme dans le cycle de la consommation / production de l’information que les réseaux sociaux induisent, un rythme un peu moins frénétique, cynique et “amnésique” (en vérité ça a seulement ouvert un autre espace, avec sa temporalité propre, sans réellement influer sur mon usage des réseaux sociaux).

Une des personnes qui parle le mieux de cela est Bo Burnham, particulièrement dans sa chanson Welcome to the Internet – issue de son spectacle / film Inside que je recommande vivement (ainsi que la vidéo des outtakes qui est sortie récemment et qu’il vaut mieux regarder après Inside bien sûr).

Could I interest you in everything?
All of the time
A little bit of everything
All of the time
Apathy's a tragedy
And boredom is a crime
Anything and everything
And all of the time

* Paul Klee, La machine à gazouiller, 1922Paul Klee, La machine à gazouiller, 1922

Beaucoup d’articles examinant les usages des réseaux sociaux sont sortis ces dernières années, ont tourné sur les mêmes réseaux sociaux qu’ils analysaient, et j’ai lu bon nombre d’entre eux.

Ce faisant, j’ai découvert l’idée de Twittering Machine, proposée par l’auteur Richard Seymour, soit le mécanisme par lequel Twitter (mais cela vaut également pour d’autres réseaux sociaux) attire ses usager·es dans une sorte de transe mortifère.

What the Twittering Machine offers is not death, precisely, but oblivion—an escape from consciousness into numb atemporality, a trance-like “dead zone” of indistinguishably urgent stimulus. Seymour compares the “different, timeless, time zone” of the Twittering Machine to what the gambling-addiction expert Natasha Dow Schüll calls the “machine zone,” in which “time, space, and social identity are suspended in the mechanical rhythm of a repeating process.”
[…]
Seymour compares the Twittering Machine to the chronophage, “a monster that eats time.” We give ourselves over to it “because of whatever is disappointing in the world of the living,” but we do so at great cost.

*

Cet article de Lauren Collee examine les nombreux liens entre nos représentations des espaces dits “naturels” et “sauvages” et le concept de “détox numérique”.

[Wilderness] excludes human presence by definition (wilderness is wherever other humans are not). Wilderness thus remains a “profoundly human creation” — charged with individualism.
[…]
As concepts, “wilderness” and “the offline” are deeply enmeshed. Both offer mythologies of ahistoricity and unaccountability, an escape clause from the dilemmas of a globalized world. They cloak themselves in the language of embodiment (the wind in your hair, the sand under your feet), while offering up the fantasy of moving through the world without a digital or ecological footprint, as a little wisp of pure soul.

*

Du côté de la production de “contenu” sur internet plutôt que de sa seule consommation, je conseille l’écoute de cette émission de la toujours passionnante Série Documentaire, sur les influenceuses, leur rapport à l’intime et l’extime. Cela raconte comment l’on “fait de sa vie privée un métier” – c’est très facilement repérable pour ces influenceuses mais cela concerne beaucoup d’autres personnes, de façon plus insidieuse.

*

Et puis je repense régulièrement au discours de Michaela Coel, au moment d’être récompensée d’un Emmy pour I May Destroy You :

Write the tale that scares you. That makes you feel uncertain. That isn’t comfortable. I dare you. In a world that entices us to browse through the lives of others to help us better determine how we feel about ourselves, and to in turn feel the need to be constantly visible — for visibility these days seems to somehow equate to success — don’t be afraid to disappear. From it, from us, for a while and see what comes to you in the silence.


J’en parlais dans la 98e lettre, depuis quelques temps je réfléchis aux diverses formes que cette newsletter pourrait prendre, pour la suite.

Si le cœur vous en dit, envoyez-moi le numéro des cailloux qui vous a plus plu ou interpellé, la ou les lettres qui vous ont le plus marqué, je ferai sans doute de même de mon côté – parmi les 100, lesquelles ai-je le plus aimé écrire ? Est-ce que je me souviens de toutes ? Les composerai-je différemment maintenant ?

cailloux*