La langue du peuple autochtone Mi'kmaq, vivant au Nord-Est du Canada, est dotée d'un système d'écriture hiéroglyphique. Il est antérieur à l'arrivée des Européens sur le continent et se nomme komqwejwi'kasikl, soit 'écriture du komqwej', un type de poisson à ventouse qui laisse des traces semblables à des signes lorsqu'il fouille le fond de la rivière pour se nourrir. Aujourd’hui, le Mi'kmaq est translittéré en alphabet latin et son usage oral est en voie de disparition en Gaspésie.
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Dans la série d'émissions de Par les temps qui courent sur la traduction, j'ai particulièrement aimé l'idée qu'il s'agit d'une lecture, une lecture particulièrement attentive, analytique, et sensible. Céline Leroy propose même la métaphore de la performance : une interprétation sans scène qui permettrait à son tour une nouvelle performance, celle de la lecture.
Et puis dans l'émission où est invitée Corinne Atlan, on entend une belle archive de Claude Schmitt, qui parle de l'envie irrépressible de traduire pour s'approprier quelque chose qui le touche, mû par un désir presque amoureux.
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Cet article de Lise Wajeman est parfait : il revient sur la polémique qu'a suscité la traduction du poème d'Amanda Gorman, prononcé le jour de l'investiture de Biden. J’en conseille la lecture intégrale mais j’ai sélectionné quelques passages assez parlants :
Au fond, ce que l'on peut entendre dans les multiples prises de parole de traducteurs ou d'écrivains qui évoquent de très beaux idéaux sur la traduction ou sur la littérature comme ouverture à l'altérité, c'est que brandir ces généralités, qu'il ne viendrait à l'esprit de personne de contester (on peut du moins l'espérer), empêche de poser les questions qui fâchent, ici et maintenant. Pour réfuter l'essentialisme (« seule une Noire pourrait traduire une Noire »), il ne suffit pas de lui opposer un universalisme convaincu. Il faut effectuer une opération plus délicate : s'extraire du régime de la généralité, car les généralités masquent la question des savoirs spécifiques, du rapport entre parole mineure et parole majeure, d'une part, mais aussi celle du mouvement de l'histoire, d'autre part. En la matière, les vérités sont circonstancielles : ce qui fait qu'une expérience singulière, inouïe à une époque, peut devenir audible et partageable, réappropriable par tous, à une autre.
Elle cite la chercheuse Tiphaine Samoyault :
Traduire Amanda Gorman signifie en revanche traduire un signe, voire une mythologie, c'est-à-dire un ensemble de signes : une jeune femme noire qui déclame le jour de l'investiture du nouveau président des États-Unis, ce n'est pas rien, après quatre ans de trumpisme, le mouvement Black Lives Matter, etc. Il y a donc une logique à suivre pour traduire ce signe, car il faut traduire ce signe et pas seulement un texte. Or l'éditeur néerlandais a raisonné comme s'il traduisait de la grande littérature, en allant chercher une grand·e écrivain·e, mais en faisant abstraction du signe essentiel, qui était : une jeune femme noire prend la parole pour une célébration historique.
Et la traductrice Alice Zeniter :
Au moment où on publie une jeune poétesse qui s'inscrit dans le mouvement de dire “nos voix noires comptent”, est-ce que ce ne serait pas le moment d'envoyer comme signal : “en effet vos voix comptent, nous allons vous choisir, vous” ? C'est un système socio-économique qui manque de diversité, et ne pas y réfléchir, c'est faire un choix politique.
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Cet article du performeur yiddishisant Anthony Russell sur la délicate traduction de l'expression Black Lives Matter en yiddish – et un google doc qui rassemble diverses traductions de termes en lien avec le mouvement comme
Collective liberation
די קאָלעקטיװע באַפֿרײַונג
di kolektive bafrayung
ou bien
Abolish the police
אָפּשאַפֿן די פּאָליציי
opshafn di politsey
Ainsi, pour le mouvement, il a été choisi de translittérer Black Lives Matter en
בלעק לײַװס מעטער
soit “blek lives metter”, et pour le sigle BLM :
בל״מ
Pour le slogan plusieurs propositions existent :
אַפֿראָאַמעריקאַנער לעבנס האָבן אַ װערט
Afroamerikaner Lebns Hobn a Vert
Littéralement "Les vies afroaméricaines ont de la valeur" ou bien
אַפֿראָאַמעריקאַנער לעבנס זענען וויכטיק
Afroamerikaner Lebns Zenen Vikhtik
soit "Les vies afroaméricaines sont importantes". Enfin, la plus intéressante à mon sens – et plutôt efficace au niveau rythmique si on veut la scander :
אַפֿראָאַמעריקאַנער בלוט איז נישט קײן װאַסער
Afroamerikaner Blut iz Nisht Keyn Vaser
qui signifie “Le sang afroaméricain n'est pas de l'eau”, reprenant l'expression yiddish exprimant l’interdit de tuer un autre être humain (ce qui ne correspond donc pas exactement à l’expression en anglais Blood is thicker than water mettant en avant l’importance des liens de sang…)
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Et, pour finir, sans transition : c'est le mois de mai ! Une très bonne excuse pour ne pas tondre les pelouse et laisser les abeilles sauvages butiner et nidifier dans les recoins, dans la terre, sous des brindilles… La prochaine fois on parlera insectes, mollusques, et autres compagnons minuscules !
