Kessel

cailloux n°55

μεταφορά

cailloux*
2 min ⋅ 20/01/2020

"Je prends un café au soleil, sur la place Exarcheia. Je vois passer des camions de déménagement. Les inscriptions en alphabet grec prennent sens pour la première fois à mes yeux : « métaphores ». Transport. La métaphore est le transport d'une signification d'un lieu vers un autre, comme aujourd'hui ce camion transporte les restes matériels d'une vie en transit vers un nouveau destin. Cette semaine, je lutte avec la peur de ne pas être reconnu, avec la panique d'être abandonné une fois de plus. Dans un processus de transition de genre, désirer le changement n'implique pas qu'on soit préparé pour assumer la transformation lorsqu'elle se produit. Le changement n'est jamais celui que nous espérions."

J'ai profité de quelques heures de déplacement en train pour terminer Un appartement sur Uranus de Paul B. Preciado. Ce qu'il écrit sur les régimes politiques du sexe, de la sexualité, de la parentalité et de l'enfance m'enthousiasme beaucoup et cela fera l'objet d'une prochaine collecte de cailloux, je crois.

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Un document trouvé sur l'ordinateur d'Ernest Callenbach, auteur d'Ecotopia, a été publié de manière posthume sur le blog de Tom Engelhardt. Il parle du changement et se termine ainsi :

"Humans tend to try to manage things: land, structures, even rivers. We spend enormous amounts of time, energy and treasure in imposing our will on nature, on pre-existing or inherited structures, dreaming of permanent solutions, monuments to our ambitions and dreams. But in periods of slack, decline or collapse, our abilities no longer suffice for all this management. We have to let things go. All things go somewhere: they evolve, with or without us, into new forms. So as the decades pass we should try not always to futilely fight these transformations. […] We can embrace this process of devolution: embellish it when strength avails, learn to love it. There is beauty in weathered and unpainted wood, in orchards overgrown, even in abandoned cars being incorporated into the earth. Let us learn, like the Forest Service sometimes does, to put unwise or unneeded roads “to bed,” help a little in the healing of the natural contours, the re-vegetation by native plants. Let us embrace decay, for it is the source of all new life and growth."

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"Bien que, de loin, la cheminée semble assez solide, après inspection, son âge avancé devient apparent. Le mortier des moellons de granit est friable et fragile ; des sections de maçonnerie font saillie à l’endroit où le mur de la salle des machines était autrefois raccordé et seules d'épaisses lianes de lierre semblent les maintenir en place. L'intérieur du puit est rempli de branches et de brindilles entreposées là par des générations de choucas. La stabilité de la structure semble être de nature symbiotique, un tissage de racines et de roches, plutôt qu’autonome."

Extrait du livre Curated Decay de Caitlin DeSilvey – la traduction étant de moi, donc sujette à caution.

C'est un petit bout du texte que j'ai lu lors de l'atelier d'écriture qui a eu lieu hier – comme vous le savez déjà si vous avez lu les précédentes lettres – grâce au Reset, les éditions La Volte et l'accueil de La Mutinerie. La thématique Entretien / Maintenance / Réparation s'est avérée encore plus transversale que je ne l'avais imaginé et nous a permis de tisser des liens entre des champs très divers, pour peu que l’on s’attache à des exemples concrets pour se comprendre.

L’après-midi, nous avons écrit de courts textes – composés à partir de tutoriels de réparation sur wikihow, nourris des conversations du matin sur la maintenance des infrastructures informatiques, des centrales nucléaires ou des bébés – et les avons partagés. Je suis éblouie à chaque fois par la beauté, la drôlerie, la sensibilité que chaque personne livre en lisant ces textes écrits en quelques minutes, sans relecture, avec des inconnu·e·s.

Nous avons débuté avec un poème autodaté, format inventé par Benoît Richter que j’ai découvert grâce à Amélie. Je voulais terminer l’atelier en bouclant avec une variante de mon cru, le poème postdaté, mais nous n’avions plus de temps. Alors, j’ai proposé à chaque personne de l’écrire une fois rentrée chez soi et le partager en pensées avec ce groupe éphémère que nous avions constitué.

Le poème postdaté reprend les mêmes règles que l’autodaté originel : les chiffres qui composent la date du jour donnent le nombre de mots à écrire et leur scansion. La seule différence c’est que là, on choisit la date dans le futur : cela peut-être celle de demain ou de son prochain anniversaire, dans 3 ans ou dans 3000 ; un poème pour l’à venir. Pour ma part, dans l’application Notes de mon téléphone, j’ai écrit pour le 22 février prochain : 22022020.

Et vous ?

cailloux*