Kessel

cailloux n°71

27 kilomètres de tissu bleu ciel

cailloux*
3 min ⋅ 25/08/2020

Et puis les habitants lui disaient : "Écoute, Maria, moi je peux me relier à mon voisin de droite mais pas à celui de gauche parce qu’il m’a jeté le mauvais œil !" Face à toutes ces objections, Lai repart à Rome mais son idée germe dans le village où quelques-uns mettent au point un code à même d’exprimer les rapports entre les gens : quand entre deux maisons il y a de la rancœur, le ruban passe tout droit ; quand il y a de l’amitié, c’est un nœud qui est fait ; et quand entre deux familles il y a de l’amour, alors y est entrelacé un pain typique préparé pour les fêtes du village. C’est avec ce code - et 27 kilomètres de tissu bleu ciel - que, le 8 septembre 1981, tous les habitants d’Ulassai, hommes, femmes, enfants et anciens, sortent dans la rue et lient en une heure de temps toutes leurs maisons. Trois alpinistes sont quant à eux chargés de porter le ruban céleste au sommet de la montagne - signe de lien et de paix pour ce paese sur lequel les massifs tombent à pic et qui a, de tout temps, craint les éboulements.

Après ses livres cousus dans la dernière lettre, ce ruban de Maria Lai qui relie les habitant·e·s de son village natal de Sardaigne, « comme quand on a peur et qu’on se serre la main ».

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Depuis que je me suis mise à coudre je produis involontairement des faux Marion Baruch, qui crée depuis quelques années des œuvres à partir de chutes de tissu. J’attrape deux extrémités du bout des doigts, les suspends dans l’air un moment, apprécie leur forme et leur mouvement, puis les découpe. Je conserve ainsi les restes de tissu en vue de raccomodages futurs ou peux leur donner une nouvelle vie, sous forme de patchwork, de masques anti-projections ou de chouchoux (c’est de nouveau à la mode chez les jeunes femmes aux cheveux longs).

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Deux extrémités de l’art du raccomodage : le boro et le rafoogari

Le boro, du Japon, consiste à réparer des vêtements avec divers morceaux de tissu, des points de broderie contrastants, se superposant au fil du temps au point qu’il devient difficile de deviner l’étoffe initiale. On peut se promener dans l’exposition numérique de la Japan Society à New York, pour un aperçu de ces kimonos, couvertures mais aussi des vêtements qu’ils ont inspirés aux créateurs tels qu’Issey Miyake, Rei Kawabuko ou Yohji Yamamoto.

Le rafoogari, d’Asie du Sud et particulièrement du Cachemire, tend vers l’invisibilité, effaçant les traces de l’usure sur du pashmina, de la soie, soit en récupérant une portion de tissu identique pour en faire un patch, soit en récupérant des fils de l’étoffe pour tisser finement et combler les déchirures.

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A typical Tompkins quilt had an original, irresistible aliveness. One of her narrative works was 14 feet across, the size of small billboard. It appropriated whole dish towels printed with folkloric scenes, parts of a feed sack, and, most prominently, bright bold chunks of the American flag. What else? Bits of embroidery, Mexican textiles, fabrics printed with flamenco dancers and racing cars, hot pink batik and, front and center, a slightly cheesy manufactured tapestry of Jesus Christ. It seemed like a map of the melting pot of American culture and politics.

Cet article de Roberta Smith présente travail de l’artiste textile Rosie Lee Tompkins, pseudonyme de Effie Mae Martin, et celui de Eli Leon, qui a patiemment et obsessionnellement fait l’acquisition des œuvres de Tompkins, les stockant chez lui puis dans une annexe construite exprès. Après sa mort en 2018, sa collection de plus de 3000 courtepointes réalisées par des artistes afro-américaines a été léguée au Berkeley Art Museum and Pacific Film Archive.

Cinq cents de ces pièces ont été réalisées par Tompkins et font l’objet d’une rétrospective jusqu’au mois de décembre. On peut en voir une sélection en ligne dans la visite en vidéo proposée par le BAMPFA. Les pièces sont lumineuses, vivantes, vibrantes, elles ont des choses à raconter. On est bien loin des images très sages de boutis à fleurs ou de patchwork représentant des animaux de la ferme. 

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Et puis, membre du collectif d’artistes afro-américains AfriCOBRA (African Commune of Bad Relevant Artists, fondé en 1968) Jae Jarrell a réalisé un ensemble intitulé Urban Wall Suit : une veste et une jupe composées d’un patchwork de tissus brodés et peints, comme une cape d’invisibilité sur un mur de briques taggué – ou d’extra-visibilité sur un mur muet.

Elle a également réalisé un ensemble en tweed gris intitulé Revolutionary Suit. Le bas est une simple jupe trapèze de tweed gris, coupée à mi-cuisses, tandis que la veste est ornée d’une cartouchière portée en bandoulière et chargée de munitions colorées ressemblant à des pastels gras.

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Je me suis prise de passion pour l’émission The Great British Sewing Bee. C’est un concours de couture amateur, une thématique et trois défis par émission – un patron, une improvisation à partir de matériaux originaux et enfin une création adaptée aux mensurations d’un modèle vivant. Il n’y a rien à gagner que la joie de créer et conserver sa place dans la compétition semaine après semaine et, pour mon plus grand plaisir, chaque épisode offre des perles langagières telle que « this challenge really cooked my noodle ». Que vous dire de plus ?

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