cailloux n°63

la société des amis du rêve

cailloux*
2 min ⋅ 17/04/2020

Vous rêvez comment, en ce moment ? Je pensais ces derniers jours à Rêver sous le IIIe Reich, de Charlotte Berardt et à Rêver sous le capitalisme de Sophie Bruneau (dont j’avais parlé ici). Il me semble que Rêver sous le confinement nous parlerait aussi bien de ce que nous vivons politiquement que certaines tribunes qui paraissent en ce moment.

D'ailleurs, Camille Bondon et Michel Dupuy collectent les récits oniriques pour Le Goût des rêves. Vous pouvez y contribuer en contactant legoutdesreves[at]camillebondon.com pour plus de détails.

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En 2017, Juliette Mancini et moi avons obtenu une bourse pour faire… ce qu'on voulait. En deux mois, nous avons écrit, enregistré, dessiné un court-métrage d'animation qui s'intitule La Société des amis du rêve, avec le concours de Grégoire Durrande et Frédéric Mancini pour le son et la musique. La Société des amis du rêve c'est un film d'animation un peu drôle, un peu poétique, un peu cru parfois. Ça parle de nos rêves, ça dure 8 minutes.

Il a été présenté au festival de BD de Colomiers en 2017. Depuis, plusieurs personnes ont demandé à le voir, alors à partir de maintenant il est accessible à tout le monde, n'importe quand, sur internet.

J'espère que vous le regarderez et que ça vous touchera. Je ne sais pas si ça se dit quand c'est une chose qu'on a créée soi-même, mais j'ai toujours autant de plaisir à le regarder, les passages qui me font rire me font toujours rire, ceux qui m'émeuvent m'émeuvent encore. Je crois que c'est plutôt bon signe.

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Le festival du documentaire Visions du Réel permet de regarder un film beau et étrange de Bruno Rocchi, Talking dreams, jusqu'au 24 avril, soit dans une semaine. Ça parle des rêves, ceux de la nuit et ceux du jour, nos aspirations pour une vie meilleure. Il y a de très belles images et on y voit deux personnes interpréter à la radio les rêves de leurs auditeurs, une sorte d'oracle des rêves, car les rêves pénètrent la réalité des vies.

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Au fil des ans, j'ai appris à considérer les rêves comme partie intégrante de la vie. Il y a des rêves qui, en raison de leur intensité sensorielle, de leur réalisme ou justement de leur absence de réalisme, mériteraient d'entrer dans une autobiographie, au même titre que des événements réellement vécus. La vie commence et se termine dans l'inconscience, les actions que nous menons en pleine lucidité ne sont que des îlots dans un archipel de rêves. Aucune existence ne peut être entièrement restituée dans son bonheur ou dans sa folie sans tenir compte des expériences oniriques. C'est la maxime de Calderón de la Barca inversée : il ne s'agit pas de considérer que la vie est un rêve, mais bien de comprendre que les rêves sont aussi une forme de vie.

Paul B. Preciado, Un appartement sur Uranus.

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